Il y a quelques années encore, on ne parlait que de ça : mariages écoresponsables, circuits courts, fleurs locales, menus végétariens, scénographies durables… L’écologie s’était invitée partout : dans nos vies, dans nos métiers, dans nos conversations. Et puis, doucement, quelque chose a changé; pas un effondrement brutal, un léger essoufflement. Avec l’équipe, plus les mois passent, plus nous avons du mal à trouver des sujets d’articles que l’on pourrait proposer sur cette plateforme. Alors on s’est posé la question, au Noyau : pourquoi l’écologie n’est plus à la mode ? Pourquoi a t’on perdu notre souffle?
Pendant plusieurs semaines, j’ai pris des notes, j’ai interrogé les copains prestataires, chercher des réponses.. On va être honnêtes : on y croit toujours. Mais nous sommes fatigués : fatigués de répéter inlassablement les mêmes choses, fatigués de voir que malgré les discours, le monde change si lentement. Aujourd’hui, 8 Français sur 10 se disent convaincus de l’urgence climatique. Mais dans le même temps, l’engagement recule (source). En effet, on ne peut pas aussi ignorer le contexte dans lequel on vit. Aujourd’hui, d’autres urgences semblent prendre toute la place : le pouvoir d’achat, les tensions géopolitiques, notre santé mentale que l’on essaye de préserver tant bien que mal… Dans un contexte explosif et tendu, parler écologie est secondaire, ce n’est plus une priorité sociétale, elle apparait même parfois… futile.
Ce décalage, on le ressent partout, aussi dans nos échanges avec les mariés, et dans les discours des prestataires. Comme si, toutes et tous, on savait… mais qu’on n’avait plus l’énergie.

Il faut aussi dire les choses comme elles sont : l’écologie coûte cher. Et dans un contexte où tout augmente et l’inflation bien présente, il faut faire des choix : « On voulait un traiteur local… mais c’est deux fois plus cher. »
Alors on fait des compromis, on choisit ses combats : c’est humain pour préserver sa santé mentale. Parce qu’un mariage, c’est déjà une immense charge mentale. Alors ajouter à ça une couche de perfection écologique (recycler, acheter bio & local, tout ça est un luxe.. de temps et d’argent!)… parfois, c’est trop. Les marié.e.s ne renoncent pas forcément à leurs convictions, mais ils les adaptent à la réalité. Ils veulent bien faire, mais pas tout. Ils composent avec : leur budget, leurs familles, leurs contraintes et leurs envies. Et parfois, est ce que leurs convictions ne passent pas après le reste ? Est-ce que c’est grave de ne pas faire un mariage 100 % écoresponsable ? Est-ce que c’est un combat à mener ce jour-là, coûte que coûte ?

Il y a un autre phénomène qu’on observe tous et toutes : les gens sont lasses du mot écoresponsable. Pendant plusieurs années, il a été partout, sur tous les sites, dans toutes les bio Instagram. À force, il s’est vidé de son sens, il est devenu déceptif. Pire : n’est-il pas devenu suspect ? On a vu beaucoup trop de greenwashing, trop de marketing. Résultat : aujourd’hui, même les prestataires engagés hésitent à communiquer sur leurs valeurs. Pas parce qu’ils ne font plus. Mais parce qu’ils ne veulent plus “vendre” ça. (Et aussi parce que faire de la pédagogie, encore et encore…c’est épuisant.)
Côté prestataires, il y a une vraie ambivalence. Certains continuent, avec une énergie presque militante. Ceux pour qui c’est profondément ancré, évident. Et les autres, qui se demandent : Est-ce que ça vaut encore le coup d’en parler ? Est-ce que les marié.e.s y sont vraiment sensibles ? Est ce que je dois répéter toujours et encore les mêmes discours ? ou dois-je mettre mon énergie ailleurs ? Toutes ces questions méritent des débats entiers pendant de longues heures n’est-ce pas ? 🙂
Il faut peut-être l’accepter : l’écologie a aussi été une tendance, ces cinq dernières années. Et comme toutes les tendances… elle passe. Mais la vraie question, ce n’est pas « est-ce que c’est encore à la mode ? » mais « qu’est-ce qu’il en reste, une fois la mode passée ?«
Parce que quand les marques arrêtent d’en parler (Floricolor qui propose des albums photos aux photographes professionnel.le.s a supprimé sa gamme de produits « écoresponsables »..) , quand les effets d’annonce disparaissent, il ne reste que ceux qui y croient vraiment. L’écologie devient moins visible…parce qu’elle devient surement plus intime.
Et si, au fond, le problème était encore plus profond ? Et si ce qu’on avait perdu, ce n’était pas l’écologie, mais l’émerveillement ?
Moins de contact avec la nature, moins de beauté dans le quotidien. Quand on ne s’émerveille plus, on protège moins.

Malgré tout ça, il reste quelque chose de très fort : le partage du beau, des papilles, de la musique. Les mariages, aujourd’hui, deviennent souvent des week-ends entiers. Ce sont justement des moments comme ça, qui permettent de faire « du bien » dans un monde qui va mal, qui peuvent être le point de bascule. Pas dans la perfection, pas dans le « 100 % écoresponsable« . Mais plutôt dans : le lien, le beau, le bon, la sincérité. Revenir à l’essentiel et remettre de l’humain (& de l’Amour!) au coeur de tout.
Alors, on fait quoi maintenant ?
On continue, évidemment. On accepte de ne pas être parfaits, on choisit nos combats, on garde nos convictions… sans s’épuiser. Et surtout,
on essaie de remettre un peu d’émerveillement dans tout ça. Parce que c’est peut-être lui, le vrai moteur du changement.

Photos : Aurore Trélaün, Olivia Poirier, Laurène Quiros, Say Cheers.
Un grand merci aux prestataires qui ont bien voulu partager leur ressenti avec moi :
Les Belles Imparfaites, L’atelier Romarin, Justine H, L’occasion idéale, Marthe & Maurice, Estelle Offroy.
