A la rencontre de Chloé : floricultrice à la Prairie Bleue.

A la rencontre de Chloé : floricultrice à la Prairie Bleue.

Proche de Bordeaux, Chloé cultive un monde à part : La Prairie Bleue, un champ de fleurs, un refuge, sa mission. Elle y fait pousser des couleurs, des parfums, mais aussi une vision : celle d’un avenir dans lequel 50 % des fleurs que nous offrons viendraient de floriculteurs français. Une évidence pour elle. Un projet audacieux pour d’autres. Mais Chloé avance, les mains dans la terre et le cœur bien accroché.
« On est là, on fait du beau ! » dit-elle avec cette énergie qui l’habite, un mélange de conviction et de douceur.


Avant de planter sa première graine, Chloé a longtemps été fleuriste. Des années passées à composer, conseiller, créer. Et pourtant, elle avait presque tout abandonné. « Pour moi, la fleur, c’était terminé. » Dégoutée par les fleurs importées, coupées trop tôt, traitées, jetées le lendemain… elle s’éloigne du métier. Jusqu’au jour où elle découvre le mouvement slow flower.
Parallèlement, elle coordonne une coopérative La Ruche qui dit Oui, et l’idée d’un retour à une production plus juste, plus locale, plus propre prend doucement du sens. Le terrain voit le jour il y a deux ans : c’est là que commence l’aventure de La Prairie Bleue.


Quand on l’interroge sur ce qu’elle préfère dans son métier, son visage s’illumine instantanément : « Quand on fait le tour du terrain avec Sybille et qu’on voit le premier bouton de fleurs… c’est merveilleux ! » Elle aime aussi les moments d’équipe : les pauses café où l’on se raconte des histoires, où l’on rit, où l’on souffle un peu. Et les pires moments ? « Soulever la bâche et découvrir que tout a été mangé par les escargots… ou lorsque ma production a eu deux mois de retard… ça a été un moment difficile. » Mais elle n’a jamais regretté son choix de reconversion..

De son installation, elle retient tout de même un manque : l’absence de formations adaptées.
Alors naturellement, germe en elle l’idée de transmettre, d’ouvrir la voie, d’aider les prochains à s’installer. Pas tout de suite… mais bientôt 😉

Quand on lui demande si elle se considère comme une paysanne, elle répond sans détour : « Bien sûr ! Je suis une fleuriste paysanne. » Un terme qu’elle revendique, même si son associée Sybille grimace parfois en l’entendant. Pour Chloé, c’est simple : elle cultive, elle récolte, elle compose.
Dans ses rangs de fleurs, pas de produits chimiques, aucun traitement agressif. Seulement du savoir-faire ancien et des solutions naturelles : du savon noir, du vinaigre blanc, de la cendre… et beaucoup de patience.
Le métier de fleuriste paysanne est exigeant. Il commence tôt, très tôt. « On est dans les champs à 7h. L’hiver plutôt 8h30. » La journée s’ouvre presque toujours par deux heures de désherbage. Puis Chloé et Sybille consultent le tableau du jour : semis directs, semis en pépinière, plants à repiquer, récolte pour le marché aux fleurs du jeudi..

Sensibiliser sans culpabiliser
Sur les marchés, justement, Chloé a une manière bien à elle de parler de ses fleurs. Elle sensibilise, oui, mais sans jamais juger. Elle (ré)informe, elle déculpabilise, elle ouvre des horizons. Elle le dit avec une honnêteté désarmante : « vous offrez du poison aux gens que vous aimez » : une phrase qui percute, mais qui fait avancer. Car ses fleurs, elles, tiennent plus longtemps, coûtent le même prix, sont locales, et sans aucun doute peuvent se manger (oui, c’est vrai, pas toutes, nous dit-elle avec un sourire aux lèvres).
Pour elle, le premier acte écologique est simple : acheter local.


– Et le changement climatique ?
Chloé ne se dit pas inquiète… plutôt lucide. Les variétés évolueront, les habitudes de consommation aussi. Comme pour les fruits et légumes, nous apprendrons à célébrer la saisonnalité, à accueillir de nouvelles variétés florales.

Pour Chloé, une fleur, c’est une intention et une attention. Un geste simple, mais chargé de sens : « Offrir une fleur veut dire : Je veux embellir ton état de vie. ». Elle en est convaincue : la fleur n’est pas un essentiel vital… mais un essentiel de l’âme. « Dans un hôpital, un bureau, une maison, un bouquet crée quelque chose de beau… Même gratuit, même sauvage, un bouquet de fleurs des champs fait toujours du bien. »

– Un monde sans fleurs ?
« Un monde sans fleurs serait littéralement gris et monotone, il n’y aurait pas de couleurs ! »

Dans ce monde où tout s’accélère, Chloé ralentit les rythmes, veille sur le sol, choisit la variété juste plutôt que la facilité, et montre que la floriculture française a un avenir : coloré et vivant.